Monthly Archives: juillet 2018

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L’apport de l’anglais en français

La langue anglaise a contribué à l’enrichissement du français au même titre que l’allemand, l’espagnol, l’italien, le néerlandais ou le turc. Toutes les langues s’échangent des mots, les domestiquent, les adaptent à leurs besoins, quitte à en infléchir le sens.

L’apport de l’anglais en français est relativement mince, si on le compare à l’influence jugée jadis envahissante de l’italien. Nous parlons italien quand nous disons qu’une scène est pittoresque, quand nous portons un pantalon, quand un roman est qualifié de dantesque, quand nous écoutons une cantatrice qui chante au pied d’un campanile.

Québécois et francophones du Canada se méfient des mots anglais. Nous faisons souvent le reproche à nos cousins français d’emprunter de manière abusive à la langue de Shakespeare. À bon droit, soit dit en passant.

Cependant, les emprunts à l’anglais ne sont pas tous des effets de mode qui viennent déclasser des expressions françaises souvent bien plus jolies et utiles.

Le sport

Le sport, lui-même un mot anglais, nous a légué un riche vocabulaire. À commencer par le sprint, cette course endiablée à ne pas confondre avec le simple jogging. L’athlétisme comporte tout un vocabulaire anglais, dont une partie a été traduite au Canada (blocs de départ, au lieu de starting-block, par exemple). Le tennis, le golf et le baseball ont légué quelques termes anglais à notre langue, comme le très commode smash, ce coup de grâce asséné par un joueur de tennis (et non tennisman) qui a le terrain grand ouvert devant lui.

Le tennis nous a aussi donné le passing, ce coup bien placé à côté d’un adversaire monté au filet. Ceux qui s’intéressent au vocabulaire de ce sport pourront lire mon article à ce sujet.

Pour ce qui est du golf, la plus grande partie du vocabulaire existe en français, tandis qu’elle est largement demeurée en anglais en Europe. Quant au baseball, les Européens continuent d’ignorer la traduction de son vocabulaire au Canada. On peut la trouver dans mon article ou encore dans la base de données Termium.

La politique

Un des anglicismes les plus utiles est certainement le mot leadership, qui a engendré un autre emprunt, leader. Mot qui a d’ailleurs voyagé vers l’espagnol; pensons au lider maximo, Fidel Castro.

Évidemment, le vocabulaire politique britannique a déteint sur le français canadien. Les députés se réunissent en caucus, sermonnés par le whip du parti, sorte de préfet de discipline. Un parti d’opposition pourra faire un filibuster à la chambre, terme traduit par obstruction systématique.

Mots acclimatés

Ce sont des mots anglais affublés d’une orthographe française. Un paquebot n’est rien d’autre qu’un packet-boat. Idem pour la redingote, issue du riding-coat. Bien entendu, la mode, souvent dictée par la Grande-Bretagne, nous a donné également le trench, ce manteau que l’on portait dans les tranchées durant l’atroce Première Guerre mondiale.

L’architecture

Vous habitez un bungalow? Fort bien, mais c’est un mot gujarati qui nous est venu par l’anglais. Comme le Canada est une ancienne colonie britannique, bien des termes de l’architecture anglaise sont passés dans le vocabulaire canadien; pensons au cottage, entre autres.

Si votre résidence ressemble à un château anglais, elle comporte sûrement un hall pour accueillir les invités. Vous pourriez y organiser un cocktail. Certains iront vers le living-room, que l’on appelle ici le vivoir.

La guerre

Un raid est une attaque intense. Certains stratèges préfèrent un blitz, mot allemand dans ce cas-ci. D’ailleurs, la blitzkrieg était menée par des panzers, terme que l’on voit en français, qu’on appelle des tanks, autre anglicisme qui se pointe le canon dans nos textes militaires.

Pour la petite histoire, tank était un mot de code britannique pour désigner les chars d’assaut, que l’on faisait passer pour des réservoirs…

Le mot blitz a d’ailleurs fait son chemin dans notre langue. D’une part dans le vocabulaire du football : faire un blitz pour plaquer le quart-arrière. D’autres part, un blitz publicitaire est une campagne intense pour vendre un produit, que l’on annoncera avec un slogan… autre anglicisme accueilli dans nos chaumières.

La situation précaire de la langue française au Canada m’amène le plus souvent à dénoncer les emprunts inutiles à l’anglais. Il était peut-être temps que j’écrive une chronique qui célèbre l’apport de l’anglais à notre langue.

La social-démocratie

Les partisans de la social-démocratie s’appellent socio-démocrates. Vrai ou faux?

Faux, même si des publications connues comme le Nouvel Observateur (maintenant L’Obs) ont fait la faute.

Car il ne s’agit pas de socio-démocratie, mais bien de social-démocratie. La confusion vient probablement de mots comme sociopolitique, socioculturel.

Il est donc question de la social-démocratie, dont l’adjectif demeure curieusement masculin. L’accord au pluriel se fait cependant, d’où les sociaux-démocrates.

La social-démocratie est un courant politique qui plonge ses racines dans le milieu du XIXe siècle. Le mouvement ouvrier prend de l’ampleur devant la misère abjecte que sème le capitalisme débridé poussant dans le terreau de la Révolution industrielle.

Le socialisme réformiste allemand ouvrira le chemin à divers partis socialistes européens, qui renonceront à la conquête violente du pouvoir pour participer à la démocratie libérale. Dans sa foulée, le Parti travailliste britannique, porté au pouvoir en 1924, la Section française de l’Internationale ouvrière, plus tard le Parti socialiste français, et bien d’autres.

Le Parti social-démocrate allemand a marqué l’histoire du pays d’Angela Merkel. Le chancelier Friedrich Ebert proclame la république, en 1918, après la chute du Kaiser. Le chancelier Willy Brandt lance la Realpolitik, cette politique de rapprochement avec la République démocratique allemande, ce qui lui vaut le prix Nobel de la paix en 1973. Lui succédera Helmut Schmidt, un homme respecté. Enfin, le social-démocrate Gerhardt Schröder dirigera un gouvernement de coalition avec les verts.

La social-démocratie est une nécessité; sans elle, le capitalisme débridé, qu’on appelle maintenant néolibéralisme, aurait toute la latitude voulue pour saper et détruire les services publics et toute la protection sociale offerte par les États modernes.

Depuis la chute du communisme, en 1990, une lutte de plus en plus féroce oppose deux camps : celui des forces progressistes partisanes d’un État fort pour assurer une certaine égalité sociale; et celui des néolibéraux, appelés conservateurs, libéraux, républicains, etc. qui ne cherchent qu’à rogner le filet de protection sociale.

La social-démocratie serait dépassée… Vraiment? Elle engendrerait déficits et bureaucratie… Mais quels sont les pays continuellement cités en exemple pour la qualité de vie partout dans le monde? Des États qui, d’une manière ou d’une autre, portent l’empreinte de la social-démocratie. Bien sûr, les pays scandinaves, mais aussi l’Allemagne, la France, la Grande-Bretagne, la Belgique, les Pays-Bas et le Canada.

Les États-Unis apparaissent malheureusement comme un contre-modèle, là où l’État est perçu par une frange importante de la population comme un ennemi. « The government is the problem », disait Ronald Reagan. L’absence de gouvernement aussi.