Monthly Archives: juin 2018

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Make my day

Nous avons tous en tête cette célèbre réplique de Clint Eastwood dans Dirty Harry : « Go ahead, make my day. » L’expression s’est frayée un chemin dans l’usage populaire.

Cet américanisme paraît impossible à traduire. En fait, il constitue toute une épreuve pour ceux qui confondent traduction et transposition de l’anglais en français. Vous savez, ces traducteurs hypnotisés par le mot clé de l’expression et qui s’arrachent les cheveux à en trouver une semblable en français avec le même mot clé?

Eh bien ça ne fonctionne pas; autrement les logiciels de traduction remplaceraient les professionnels de la langue et nous serions en train de parler de la Coupe du monde de soccer…

Trêve de ballon rond.

Nous écartons d’office Fais ma journée.

Imaginons deux situations, l’une positive, l’autre négative.

Dans le premier cas, que diriez à une personne que vous désirez encourager à faire quelque chose?

Fais-moi plaisir!

Amuse-toi!

Oooooui!

Vas-y fort!

Gêne-toi pas (québécois)

À ceux qui se cramponnent au mot journée, parce le mot se trouve dans l’original anglais : Illumine ma journée! (Mais je le répète, ça ne marche pas toujours.)

Dans le deuxième cas, nous pourrions aussi recycler les expressions positives et les lancer avec un ton ironique. D’autres possibilités plus agressives :

Vas-y, essaie pour voir!

Essaie-toi, pour voir (québécois)!

Tu veux vraiment m’embêter? (Rire sardonique)

Je suis sûr que les lecteurs en trouveront d’autres.

Apparaître dans un document

« Le nom des donateurs apparaît dans le rapport annuel présenté au conseil d’administration. »

Quoi de plus naturel que cette phrase? Pourtant un anglicisme s’y cache, tel un ours tapi derrière les arbres et qui guette les randonneurs.

Bien des choses apparaissent dans les écrits : des citations, des mentions, des noms, des statistiques. L’ennui, c’est que tout cela est faux.

Sortons notre loupe de langagier pointilleux et examinons le coupable : apparaître.

Définition

Le verbe a habituellement les sens suivants :

Se rendre visible à quelqu’un;

Se montrer de manière inattendue;

Prendre naissance.

Une personne, un objet qui apparaît devient visible de manière brusque. On pourrait employer un autre verbe, surgir.

La vérité apparut après le contre-interrogatoire.

Des taches sont apparues sur la peau.

Des difficultés sont apparues de manière inattendue.

L’ours apparut soudain dans le sous-bois, faisant fuir les randonneurs.

Un anglicisme insidieux

Notre loupe inquisitrice s’est baladée dans les ouvrages de langue et aucun d’entre eux ne semble retenir le sens anglais de figurer, être mentionné.

Une phrase, un mot, une citation ne peuvent apparaître dans un document, à moins que vous ne soyez en train de lire la Gazette du sorcier, dans Harry Potter.

Pas plus, d’ailleurs, qu’une personne ne peut apparaître devant un tribunal ou un comité, à moins qu’elle n’ait revêtu une cape d’invisibilité. Elle y comparaît, s’y présente.

Comme on le voit, les anglicismes prennent toutes sortes de chemins de traverse pour s’infiltrer en français et il faut parfois se faire magicien pour les faire disparaître.

 

Passer un examen

Que comprenez-vous dans les phrases suivantes?

Emmanuel a passé un examen.

Emmanuel a passé son examen de français.

« Passer un examen » a une connotation générale; Cela peut vouloir dire qu’Emmanuel a subi un examen des poumons ou d’autre chose. Dans un sens scolaire, toutefois, les choses se compliquent quelque peu. Beaucoup comprendront qu’Emmanuel a réussi son examen de français.

On s’attendrait à une réponse claire des dictionnaires courants, mais là encore nous sommes déçus. L’entrée passer ne donne rien d’intéressant

Une petite plongée en apnée dans le Trésor de la langue française se révèle fructueuse. « Passer un examen » signifie Se présenter aux épreuves, subir les épreuves d’un examen. L’auguste ouvrage donne aussi la définition « Passer un examen avec succès », mais avec la mention vieilli ou littéraire. Ce sens a survécu au Canada, probablement sous l’influence de l’anglais.

Il ressort donc clairement que le verbe passer n’a habituellement pas le sens de réussir. D’ailleurs, Meertens, dans son Guide anglais français de la traduction, donne les solutions suivantes pour pass : réussir, être reçu (à l’examen), réussir, satisfaire à, subir avec succès (épreuve).

Donc passer un examen, au sens de le réussir, est un anglicisme, du moins de nos jours. Un anglicisme chargé d’ambiguïté puisqu’on ne sait pas toujours très bien si une personne a subi ou réussi une épreuve.

Le Petit Robert vient toutefois jeter le doute devant cette assertion en apparence irréfutable. On y mentionne en effet un examen de passage.

Dans ce cas précis, il faut comprendre que l’on passe d’un niveau à un autre. Dixit Le Petit Robert : « Examen de passage, que subit un élève pour tenter de passer dans la classe supérieure. »

L’expression populaire « obtenir la note de passage » trouverait ici son sens, si elle implique de passer d’un niveau à l’autre. Uniquement dans ce cas, cependant. Car on peut réussir un examen dans un cours, sans nécessairement réussir le cours au complet.

Il serait plus juste de parler de note de réussite.

À la question « As-tu passé l’examen? », il serait plus juste de répondre : « Oui, je l’ai passé mais j’ai échoué. »

Mais, avec l’anglais qui balaie tout sur son passage (!), cette réponse en forme d’oxymore sèmerait le désarroi. Bref, elle ne passerait pas la rampe.