Monthly Archives: février 2018

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La Norvège

La Norvège est arrivée en tête du palmarès des médailles aux Jeux olympiques de PyeongChang. Elle devançait des puissances olympiques comme l’Allemagne, la France, les États-Unis, la Russie… et le Canada.

Depuis de nombreuses années, le premier se classe dans le peloton de tête des pays de l’Indice de développement humain, du Programme des Nations unies pour le développement. En 2018, elle continue d’occuper le premier rang.

La Norvège fait figure de pays exemplaire pour sa qualité de vie, ses services sociaux étendus. Le mode de vie axé sur le plein air, la glorification de l’activité physique expliquent ses succès olympiques. L’hiver n’est pas une calamité, mais une belle occasion d’aller jouer dehors.

De province à pays

Après les guerres napoléoniennes, la Norvège a été rattachée au Royaume de Suède. Cette situation politique inconfortable a pris fin en 1905 lorsque les Norvégiens ont voté pour l’indépendance politique lors d’un référendum. Cette sécession s’est déroulée pacifiquement. Pas de guerre civile, pas de famine, pas de fuites de capitaux.

La Norvège s’est tenue à l’écart de la Première Guerre mondiale. Elle a toutefois été envahie et occupée par l’Allemagne nazie en 1940. Paradoxalement, l’existence même du royaume norvégien a mis la Suède à l’abri d’une occupation qui serait survenue celle-ci était restée unie. Les nazis voulaient contrôler le littoral norvégien de la mer du Nord et ne voyaient pas l’intérêt d’occuper la Suède, tournée vers l’Est, avec qui ils ont noué des relations commerciales intéressantes… Disons-le aussi, il est toujours pratique d’avoir un État neutre à portée de la main, juste au cas où…

La Norvège et le Québec

La sécession de la Norvège constitue un cas intéressant pour les indépendantistes québécois. Les deux peuples ont une population semblable : cinq millions pour la Norvège et sept millions pour le Québec. Mon ancien directeur de thèse en science politique, M. Edmond Orban, a d’ailleurs écrit un livre sur le Conseil nordique, ce regroupement des États nordiques, qu’il compare au projet de souveraineté-association.

Le public en a très peu entendu parler, car le Parti québécois ne voulait pas citer cet exemple, pourtant éloquent, de peur d’ameuter la population. Dixit un ministre du cabinet de René Lévesque : « Ça fait trop séparatiste. » Dommage pour les souverainistes, car le fonctionnement du Conseil nordique, sur lequel j’ai fait des recherches, aurait constitué un bel exemple de fonctionnement harmonieux entre deux États qui, naguère, n’en formaient qu’un.

À ce que je sache, l’exemple norvégien n’a pas été repris non plus par les dirigeants du Oui au référendum de 1995.

Fin de la parenthèse.

La Norvège d’aujourd’hui

L’occupation nazie a été un choc pour les Norvégiens qui ont vu les limites que pouvait comporter un statut de neutralité. La Norvège est membre fondatrice de l’OTAN tout comme de l’ONU; le premier secrétaire général de cette organisation était un Norvégien : Trygve Lie.

Le pays n’est pas membre de l’Union européenne. D’ailleurs, il a refusé par deux fois d’y adhérer. Cette question fait encore l’objet d’un débat public intense. Sa voisine, la Suède, a choisi d’adhérer à l’Union européenne tout en conservant sa neutralité militaire. Les sous-marins russes viennent régulièrement faire de la nage synchronisée dans les eaux territoriales suédoises.

Tout comme ses voisins du Danemark et de la Suède, la Norvège est une monarchie constitutionnelle, autre trait qui la rapproche du Québec.

Le Conseil nordique regroupe les pays scandinaves. En sont membres le Danemark, la Finlande, l’Islande, la Norvège et la Suède. L’Organisation, fondée en 1952, travaille à l’harmonisation des législations nationales et l’élaboration de règles communes pour le marché du travail et la protection sociale.

Tout comme le Québec, le pays possède de vastes ressources hydrauliques, en plus d’exploiter le pétrole de la mer du Nord.

La langue norvégienne

En fait, il y a deux : le bokmål et le nynorsk.

La Norvège a fait longtemps partie du Danemark et l’idiome de ce pays a influencé la langue norvégienne. C’est l’origine du bokmål, la langue des livres. Quant au nynorsk, le néo-norvégien, il tire son origine du vieux norrois.

En fait, les deux langues se ressemblent beaucoup et tout le monde se comprend. En outre, les locuteurs du danois et du suédois n’auront pas de mal à comprendre les Norvégiens, car le vocabulaire et la grammaire – relativement simple – sont très semblables. Les prononciations peuvent varier, cependant.

L’islandais, pour sa part, reste difficile à comprendre pour les autres scandinaves. L’isolement de l’Islande due à son insularité a en quelque sorte figé cette langue germanique restée très proche du vieux norrois. Cet état miraculeux de conservation fait le délice des linguistes. L’islandais est le musée des langues nordiques.

Le finnois, soit dit en passant, est très différent des autres langues scandinaves. Il tire son origine du bassin finno-ougrien. Bref, ce n’est pas une langue germanique. Il est apparenté au hongrois et à l’estonien. La nuance entre finnois et finlandais vous intrigue? Réponses ici.

L’univers des langues nordiques échappe toutefois quelque peu à l’entendement des francophones. La connaissance de l’anglais et de l’allemand aide à déchiffrer certains mots, mais tout est très relatif.

Il faut un certain effort pour deviner le sens d’une phrase comme : Jeg drikker et glass øl. « Je bois un verre de bière. » Le plus futés auront reconnu le drink anglais ainsi que glass. Un effort supplémentaire s’impose pour deviner le ale anglais derrière øl (prononcé eul)

Il y a toutefois des limites aux pouvoirs de divination des plus zélés comme moi, quand nous sommes confrontés à des expressions comme celles-ci :

Skogen – la forêt

Et bord – une table           

Ein stor gut – un grand garçon

Senger – des lits

La Norvège fait partie de la Scandinavie. On la considère comme un pays nordique, un pays d’Europe du Nord. Pleins feux sur ces expressions dans cet article.

En terminant, je vous dis Ha det!

Nation

S’il est un terme qui peut avoir une incidence décisive sur la politique, c’est bien le concept de nation.

Un exemple éloquent est la reconnaissance de la nation québécoise par le Parlement du Canada, le 28 novembre 2006. Les députés approuvent la motion déposée par le premier ministre Harper qui se lit comme suit : « Que cette Chambre reconnait que les Québécoises et les Québécois forment une nation au sein d’un Canada uni. »

Cette déclaration peut être interprétée de plusieurs façons, selon que l’on est anglophone ou francophone.

Le Merriam-Webster définit nation comme une nationality. Il apporte toutefois la nuance suivante : « A politically organized nationality; esp : one having independent existence in a nation state. »

Voilà, le mot est lancé : État-nation. Le Collins précise : « … an individual country considered together with its social and political structure. »

Ce sens de pays est celui que l’on voit le plus souvent en anglais. On peut imaginer que les députés anglophones ont dû se boucher un peu le nez en votant pour cette motion.

Le français peut aussi considérer une nation comme un pays, mais c’est moins clair. Bien sûr, la notion de concert des nations, il y a deux cents ans, a bercé le congrès de Vienne… Et n’oublions pas les Nations unies…

Mais nous entrons ici dans une zone grise de la langue, une zone qui ouvre la voie à diverses interprétations. Bien des auteurs ont tenté de définir la nation en français.

D’ailleurs, cette question a fait l’objet d’une étude dans mon mémoire de maîtrise en science politique. La définition la plus classique est celle d’Ernest Renan. Il parle de « la possession en commun d’un riche legs de souvenirs » qui se traduit par « le désir de vivre ensemble, la volonté de continuer à faire valoir l’héritage qu’on a reçu indivis. »

Un mot est absent de cette définition : pays. Une nation est-elle nécessairement un pays? Il semble bien que non. Le Robert étale sa définition du terme en quatre volets. La seconde ratisse large : « Groupe humain, généralement assez vaste, qui se caractérise par la conscience de son unité (historique, sociale, culturelle) et la volonté de vivre en commun. »

La troisième est plus explicite et rejoint la notion de pays : « Groupe humain constituant une communauté politique établie sur un territoire défini ou un ensemble de territoires définis, et personnifiée par une autorité souveraine. »

Comme on le voit, une nation n’est pas nécessairement un pays. Une communauté politique peut aussi bien être l’Inde, le Danemark ou l’Ouzbékistan. Mais aussi le Kurdistan, l’Écosse ou la Catalogne.

C’est pourquoi on peut considérer que le Québec est une nation, mais une nation faisant partie du Canada.

 

Doubles consonnes

L’apprentissage du français n’est pas une sinécure. L’orthographe pose une série de problèmes à cause des innombrables illogismes dont est parsemée notre langue.

J’ai déjà évoqué le cas des couples mal assortis, comme donner et donateur, souffler mais boursoufler. L’Académie a proposé en 1990 de faire un peu de ménage de ce côté, mais la résistance bétonnée devant ces timides rectifications n’a pas permis de faire les progrès souhaités.

Car tout le monde finit un jour ou l’autre par tomber dans le piège en écrivant donnateur. La logique la plus élémentaire nous mène pourtant dans un cul-de-sac.

Cet exemple met en lumière le problème épineux que constitue le doublement des consonnes. Les mots suivants s’écrivent avec la double consonne :

Littérature

Dictionnaire

Aggraver

Raisonner, résonner (dont le substantif est… résonance)

Les trois premiers mots donnent en anglais literature, dictionary et agravate. Imaginons maintenant qu’une rédactrice écrive litérature, dictionaire, agraver. Le lecteur pressé ou peu attentif n’y verrait que du feu, car nous lisons des mots entiers, et non des lettres.

Dès lors, une question se pose : serait-il concevable d’écrire ces mots sans double consonne? Le sens serait-il perdu? Non.

Est-il plus logique d’écrire littérature avec deux t qu’avec un seul? Non plus.

L’élimination des doubles consonnes simplifierait considérablement l’orthographe française.

Bien entendu, on n’en est pas là. La simple suppression de l’accent circonflexe sur le u et le i a enflammé l’Hexagone, alors…

Certains accuseront l’auteur de vouloir jeter par-dessus bord le merveilleux héritage de notre langue, de faire fi des traditions séculaires du français. Eh bien justement non.

Il ne s’agit pas de transformer le français en langue phonétique; ce serait aller trop loin et on ne s’y reconnaîtrait plus. Mais une simplification de l’orthographe serait la bienvenue.

Or, l’orthographe du français s’est graduellement simplifiée au fil des siècles. Il est même plus simple que l’anglais, dans lequel les lettres changent sans cesse de prononciation.

Un petit coup de plumeau du côté des doubles consonnes serait le bienvenu.

Je revêts mon armure et attend vos commentaires…