Monthly Archives: juillet 2017

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Compenser

Les tics langagiers des médias causent, à la longue, beaucoup de ravages. Ils finissent par se répercuter dans le langage populaire. Ici, la répétition agit comme un conditionnement. Ces impacts font en sorte que tout le monde finit par se les partager, écriraient certains plumitifs de la presse.

L’abus du verbe partager sombre dans le délire le plus total.

Les dix millions de dollars versés à Omar Khadr font énormément jaser. Des médias sérieux comme Le Devoir parlent de compensation à l’ancien prisonnier de guerre.

Or, comme l’explique le Petit Robert, compenser c’est « Équilibrer (un effet, généralement négatif, par un autre). Parmi les synonymes : racheter, réparer.

On n’est pas tellement loin du sens de l’anglais, il faut l’avouer. Pourtant, les dictionnaires français ne donnent pas d’exemples semblables à celui de Khadr, qui défraie la chronique.

Le Colpron, Le dictionnaire des anglicismes, est catégorique : compensation se rend par indemnisation, dédommagement; à ces deux solutions, on pourrait ajouter remboursement.

Donc, Khadr sera indemnisé à hauteur de dix millions de dollars. Rien de très sorcier, chers journalistes.

Dans le Trésor de la langue française, on parle de compensation de créances, de dettes. Signification : « Annulation réciproque de créances de même nature, jusqu’à concurrence de la plus faible, lorsque deux personnes sont respectivement débitrices et créancières l’une de l’autre. »

Le verbe compenser est souvent victime d’une erreur de syntaxe. Certains écriront :

Compenser les producteurs pour les pertes subies.

Le verbe en question est transitif direct, comme le précisent les Clefs du français pratique.

Cet apport d’argent frais compense le manque à gagner.

Les Clefs donnent un autre exemple d’usage correct de compenser, verbe qui admet la construction absolue.

Pour compenser, nous paierons les dégâts.

Un autre fléau médiatique : les sigles. Comment les éliminer et rendre les textes plus lisibles : article.

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Kakistocratie

Un nouveau mot est né : la kakistocratie. En anglais : kakistocracy.

La kakistocratie est un effet collatéral de l’arrivée au pouvoir du nouveau président américain. Il est l’antonyme d’aristocratie.

Comme le signale le site slate.fr, « Après la première vague de nominations de Donald Trump, certains commentateurs proposent de désigner l’ère qui s’ouvre comme une kakistocratie. »

Un exemple parmi d’autres : Trump nomme à la tête de l’Agence de protection de l’environnement un individu qui lui est hostile et l’a poursuivie en justice!

Pour bon nombre d’observateurs, le gouvernement américain a été détourné par un groupe hostile à l’État tout court et qui cherche à le diminuer, voire à le détruire.

Le terme kakistocracy apparaît donc dans certains médias. Il se définit comme « le pire gouvernement… celui des plus mauvais. » dixit slate.fr.

En anglais, le terme a déjà sa page Wikipédia (https://en.wiktionary.org/wiki/kakistocracy). Il figure notamment dans le Webster (https://www.merriam-webster.com/dictionary/kakistocracy) et l’Oxford Dictionary (https://en.oxforddictionaries.com/definition/kakistocracy).

En français, le mot n’est pas encore très implanté. Aucune page Wikipédia, mais le terme est mentionné dans celle qui traite des formes de gouvernements (https://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_de_formes_de_gouvernements).

Ce n’est qu’une question de temps, le gouvernement Trump ayant été élu pour quatre ans…

Je tiens à remercier Stéphanie Saint-Gelais de m’avoir signalé l’avènement de ce nouveau terme.

Délai de pluie

La météo vient souvent jouer les trouble-fêtes lors du tournoi de Wimbledon. Les commentateurs anglophones parlent alors de rain delay, expression traduite en un tour de smash dans les médias québécois par délai de pluie.

Une traduction absurde qui n’a aucun sens en français. Malheureusement, les journalistes ici ont un mal fou à faire la distinction entre le sens français de laps de temps et celui de l’anglais qui est retard. Comme cela arrive trop souvent, les médias québécois et canadiens font une joyeuse fricassée des acceptions anglaise et française… ce qui donne des horreurs comme délai de pluie.

Comment le dire en français? Tout d’abord en arrêtant de penser en anglais. En s’enlevant de la tête que délai est un retard. Non c’est un anglicisme.

Le match est interrompu ou arrêté à cause de la pluie. Il connaît un retard à cause de la pluie.

Si l’ondée se prolonge, on peut dire que le match est reporté à cause de la pluie. On peut donc parle d’un report pour cause de pluie, d’une interruption à cause du mauvais temps, etc.

En toute simplicité, on peut aussi dire que la pluie a retardé le match. Ainsi, on évite la faute directe.

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