Monthly Archives: août 2016

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Daech ou Daesh?

Les initiales arabes du groupe terroriste État islamique se prononcent Daech. C’est ce qu’on appelle un acronyme, soit un sigle qui se prononce comme un mot. Cet acronyme est la transcription des initiales du nom arabe que porte le groupe. Les noms arabes doivent être transcrits à la française, pour qu’ils soient prononcés correctement en français.

Écrire Daesh, comme le font certains francophones, est une erreur, puisqu’il s’agit d’une transcription à l’anglaise. Cette graphie n’a pas sa place en français.

Comme l’arabe ne s’écrit pas en caractères latins, il est de coutume de transcrire les sons de cette langue pour que les francophones les prononcent à peu près de la même manière. Or, le système de transcription, qu’on appelle translittération, n’est pas le même en français et en anglais.

En clair, c’est un peu comme si on écrivait Luxor (anglais) au lieu de Louqsor (français) et Aswan au lieu d’Assouan.

Le gouvernement du Canada vient de renoncer au titre État islamique et souhaite utiliser Daech, comme le fait le gouvernement français. On lira donc Daesh dans les textes anglais et Daech dans ceux des francophones.

C’est du moins ce que j’espère.

Banqueroute

Les dictionnaires font-ils banqueroute?

On pourrait le penser, car il y a clairement dissonance entre la définition stricte qu’ils donnent au terme banqueroute et l’usage courant.

Tout d’abord un peu d’étymologie. Banqueroute est la traduction calquée de banca rotta. En Italie, le comptoir d’un banquier qui faisait faillite était brisé, d’où l’expression « banc cassé ».

Un peu partout, on traite banqueroute comme un synonyme de faillite. Pourtant, tant le Robert que le Larousse, et d’autres ouvrages, définissent le mot comme une faillite délictueuse.

Il faut consulter le précieux Trésor de la langue française pour lire la définition suivante : « Impossibilité déclarée de faire face à ses engagements et de payer ce qu’on doit. » C’est le vocabulaire du droit qui introduit la notion de délit.

Étrangement, ce détail n’est pas signalé dans les grands ouvrages. Une banqueroute est par définition malhonnête, point à la ligne. Pourtant, dans l’immense majorité des cas, une banqueroute est une faillite.

Et cet usage n’est pas récent, puisque le Trésor signale l’adéquation banqueroute/faillite dès le XIXe siècle. Les grands dictionnaires se cramponnent donc à une définition largement démentie par l’usage.

Un autre cas de « crispation lexicale » dont j’ai déjà parlé : lors de, toujours associée à l’antériorité, alors que l’expression est utilisée pour le futur ou pour des énoncés intemporels.

Signalons, en terminant, que banqueroute a pris la signification d’échec total. D’où la première phrase de cet article…

Votre blogueur prend quelques semaines de vacance en Italie, où il espère ne pas faire banca rotta. Retour en octobre.

Quai

Le français est une langue parcimonieuse quant à l’utilisation de la majuscule. On peut observer ce phénomène dans l’écriture des adresses, qui a fait l’objet d’un article dans ce blogue.

Les génériques rue, boulevard, chemin, place s’écrivent avec la minuscule initiale. Ainsi en va-t-il de quai.

Au Québec, ce générique n’identifie généralement pas une voie de circulation. Un quai est un endroit où l’on amarre un bateau.

En Europe, par contre, la rue bordant un fleuve ou une rivière est parfois appelée un quai. À Lyon, on peut circuler sur le quai Jean Moulin, qui longe le Rhône. Les fans de Bob Morane savent qu’il habite au quai Voltaire, à Paris.

Certains quais sont devenus mythiques, parce qu’ils identifient aussi une institution importante.

L’Institut de France est situé sur le quai Conti. Il abrite notamment l’Académie française. Par métonymie, on parle souvent du Quai Conti, avec majuscule. Celle-ci indique qu’il n’est pas vraiment question de la voie de circulation, mais bien de l’Institut.

D’autres quais symbolisent eux aussi une organisation importante.

Le Quai des Orfèvres : la police judiciaire. Ceux qui lisent Simenon connaissent…

Le Quai d’Orsay : le ministère des Affaires étrangères de France.

Les États-Unis blâment la France : le Quai d’Orsay a réagi vivement.

Lorsqu’il devient élément déterminatif d’un odonyme, le mot s’écrit avec la majuscule, comme le précise l’Office québécois de la langue française.

850, chemin du Vieux-Quai

Tester positif

Auguste Comte serait ravi : le positivisme est à la mode chez les athlètes olympiques. Certains pays en font une affaire d’État et nul doute qu’on en découvrira d’autres, en Orient…

Lorsqu’un athlète obtient un test positif, on dit couramment dans la littérature des sports qu’il a testé positif. D’autres, au contraire, ont été contrôlés négatif.

Bien entendu, ces formulations peuvent hérisser les amants de la langue française. On sent le calque. Peut-il être évité?

L’Office québécois de la langue française nous offre certaines solutions : « Les calques de la syntaxe anglaise peuvent être remplacés par des formulations telles que contrôle de dopage positif, test positif, résultat du test positif ou, en parlant de la personne qui subit le test, obtenir un résultat positif, être déclaré positif, être positif. »

On peut donc arriver à des formulations assez succinctes sans pour autant écorcher la syntaxe française.

Sergueï a eu un contrôle de dopage positif.

Le nageur chinois finira bien par être déclaré positif.

On peut également dire qu’un test ou un contrôle est positif.

Une fois que l’on connaît ces tournures, les expressions anglicisantes comme tester négatif, être contrôlée positive, ont beaucoup moins d’attrait.

Bien entendu, on les lit et on les entend partout. L’économie de mots demeure irrésistible pour bien des francophones, sans oublier qu’une part importante du vocabulaire des sports s’inspire de l’anglais.

Record

Les Jeux olympiques de Rio battent leur plein et, déjà, des records sont brisés… Oups! L’anglicisme nous guette encore une fois… En français, on pulvérise, on  bat un record.

Les journalistes donnent souvent dans l’hyperbole. Ils se sentent obligés de qualifier les records, comme si ce dernier mot n’était pas suffisamment porteur de sens.

On dira par exemple que tel athlète a établi un nouveau record. Cette formulation m’apparaît un peu douteuse parce que, par définition, un record est toujours nouveau. De la même manière, dira-t-on que Penny Oleksiak a battu son ancien record canadien à la piscine olympique?

À force de vouloir accentuer nos propos, on peut facilement tomber dans le pléonasme. Combien de fois entend-on les journalistes sportifs clamer qu’un athlète vient d’établir un record absolu, un record inégalé?

Pourtant, le Robert est clair quand il définit un record : « Exploit sportif qui dépasse ce qui a été fait avant dans le même genre. »

Le détenteur du record est malheureusement appelé recordman, faux anglicisme, incompréhensible pour des anglophones.

Mis en apposition, record peut aussi servir d’adjectif. Par conséquent, il est logique de l’accorder : des bénéfices records.

Certains grammairiens estiment qu’il devrait être invariable, parce que le mot vient de l’anglais. Idem pour standard. Certains battent tous les records quand il s’agit de compliquer inutilement le français.

Vous trouverez dans ce blogue d’autres articles sur le sport :

 

Jeux olympiques

Les jeux olympiques ont lieu tous les quatre ans. Il y a des jeux d’hiver et des jeux d’été. Tout cela est clair. Avec la régularité d’un métronome, les compétitions reprennent sans que personne ne se pose de question.

Si les règles françaises sur l’emploi de la majuscule étaient aussi prévisibles… Elles ne le sont justement pas. Sur le plan de la simplicité et de la cohérence, notre langue échoue aux qualifications.

Une appellation aussi simple et connue que « jeux olympiques » devrait faire l’unanimité pour ce qui est de l’emploi de la majuscule.

Pourtant, ce n’est pas le cas.

La Charte olympique proclame : les Jeux Olympiques. Évidemment, cette solution ne respecte pas les règles conventionnelles qui dictent la minuscule à l’adjectif, à moins qu’il ne soit en début d’expression. Les juges ont tranché : disqualifiée!

Le Code typographique du Syndicat national des cadres et maîtrises du livre, de la presse et des industries graphiques propose jeux Olympiques. Le Petit Larousse suit le même tracé. Dans l’usage courant, ces graphies sont très rares. Faux départ!

Si l’on veut rattraper le peloton de la majorité de la presse francophone, on écrira Jeux olympiques. On rejoindra les rangs d’un grand marathonien, Le Petit Robert, et d’un autre coureur de fond, le Grevisse. Médaille d’or!

Reste l’appellation poids plume, jeux olympiques, employée en début de texte. Saut en longueur pour survoler le piège des lettres capitales en français. Il s’agit d’un terme générique contre lequel il est difficile de s’élever.

Toutefois, les Jeux sont une institution en tant que telle; ils ont remporté la palme (olympique) depuis longtemps. C’est un peu les dépouiller de leurs médailles que de les priver de leur majuscule. Les Jeux olympiques ont plus de panache écrits ainsi.

Les rédacteurs ne voulant pas doper leurs textes de sigles inutiles nous éviteront l’irritant JO. Ils parleront des Jeux tout simplement. Quand le contexte est clair, la majuscule elliptique fait son petit tour de piste sous les acclamations du lectorat en délire.

Qu’en est-il d’olympiade? Ce terme qualifie la période de quatre ans entre les Jeux olympiques. Les juges sont unanimes : ce mot s’écrit toujours en minuscule.