Monthly Archives: janvier 2015

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La République d’Irlande

La République d’Irlande est le nom officiel de l’Irlande. Vrai ou faux?

Faux.

C’est un mythe qui a la vie dure. Comme on le sait, l’Irlande est divisée en deux : l’Irlande républicaine, dont la capitale est Dublin, et l’Irlande du Nord, rattachée à la Grande-Bretagne.

L’Irlande est un État indépendant depuis 1922. Ce nouveau pays a tout d’abord pris le nom officiel d’État libre d’Irlande (Irish Free State), avant d’adopter le nom gaélique d’Eire. Le surnom français Verte Érin vient de cette appellation. Par la suite, le pays a pris le nom d’Irlande tout court.

C’est justement ce nom qui est source de confusion, car il désigne aussi bien le pays que l’île. Les autorités de Dublin l’ont adopté afin de marquer leur volonté de réunifier l’île. Toutefois, les rédacteurs se sentent quelque peu mal à l’aise d’employer Irlande et recourent plus volontiers à l’expression République d’Irlande.

Dans de nombreux ouvrages, elle est présentée comme le nom officiel de l’Irlande, notamment dans le Petit Robert des noms propres. L’ennui, c’est que cette appellation n’est pas reconnue aux Nations unies. L’utiliser dans un document officiel, comme une correspondance ou un traité, créera un incident diplomatique.

Le problème reste donc entier : comment différencier l’Irlande en tant qu’île ou en tant que pays? À mon sens, le terme Irlande républicaine demeure la meilleure solution, l’Irlande du Nord étant rattachée à la monarchie britannique.

Pour en finir avec l’Ulster

Depuis des lunes, l’Irlande du Nord est faussement appelée Ulster. Or, l’Ulster est une région de l’Irlande et elle s’étend de l’Irlande républicaine à l’Irlande du Nord. Il est donc complètement faux d’attribuer ce nom à l’Irlande du Nord.

Parfois, les erreurs font tache d’huile et il devient très difficile de les éradiquer, surtout quand les rédacteurs refusent de se corriger. L’appellation Ulster s’est même frayé un chemin dans certaines appellations officielles, comme Royal Ulster Constabulary.

Il n’en demeure pas moins qu’une erreur est une erreur.

 

Hollande ou Pays-Bas?

La Hollande est célèbre pour ses moulins à vent, pour employer une image d’Épinal. Elle est surtout un pays dont la majeure partie est située en dessous du niveau de la mer. L’aéroport de sa capitale, Amsterdam, s’appelle Schiphol, ce qui signifie littéralement « trou de bateau ».

Une bonne partie du paragraphe précédent est fausse.

À commencer par cet emploi abusif de Hollande, une région septentrionale des Pays-Bas, dont la capitale est certes Amsterdam, mais aussi La Haye.

Comme on le voit, certains lieux communs demandent vérification.

Tout d’abord le pays s’appelle les Pays-Bas, justement en raison de sa faible altitude. Ses habitants sont des Néerlandais, mot qui s’inspire de Nederland, nom de cet État en néerlandais. En anglais : Netherlands, peuplé de Netherlanders.

Et la capitale? Officiellement, Amsterdam, mais les institutions publiques, dont le Parlement, sont à La Haye.

Qu’en est-il de la Hollande?

C’est la principale région du pays. De fait, les Pays-Bas comportent plusieurs régions, dont la Frise, le Brabant-Septentrional, Utrecht. Appeler le pays complet Hollande revient à dire que l’Ontario représente l’ensemble du Canada… Dans un pays grand comme un mouchoir de poche, les mentalités régionales sont quand même sensibles; il faut donc éviter de qualifier de Hollandais qui ne l’est pas.

L’anglais s’embrouille également quelque peu. Les Néerlandais sont souvent appelés Dutch, une déformation de l’allemand Deutsch… qui signifie Allemand. Le terme exact Netherlanders n’est pas très usité. D’ailleurs, les germanophones de Pennsylvanie sont souvent appelés Dutch.

On évitera aussi de qualifier les Néerlandais de Flamands. Ces derniers habitent la partie néerlandophone de la Belgique. La langue qu’ils parlent est très similaire à celle de leurs voisins néerlandais. Soulignons en terminant que la langue néerlandaise a essaimé en Afrique du Sud, pour devenir l’afrikaans, un idiome sensiblement différent de la langue mère.

 

 

Viêt Nam ou Vietnam?

Le monde de la toponymie est parfois assez déroutant. La graphie d’un pays aussi connu que le Vietnam varie d’un auteur à l’autre. Au palmarès : Vietnam, Viêtnam, Viêt Nam, Viet Nam…

Du chinois, tout cela! D’entrée de jeu, soulignons que les Nations unies écrivent Vietnam, ce qui signifie que la graphie serait la même en anglais et en français. Quant à lui, le Petit Robert des noms propres y va avec Viêt nam ou Viêt Nam; le Larousse enchaîne avec Viêt Nam ou Vietnam.

Assez déroutant, n’est-ce pas? Au fond, les deux ouvrages ne font que constater la multiplicité des graphies qui circulent.

Un petit coup d’œil à la presse française semble confirmer l’usage Vietnam, celui de l’ONU.

Il faut savoir que les graphies utilisées par l’organisation internationale répondent aux vœux des États concernés. La graphie en un seul mot a l’avantage de la simplicité; elle nous évite quantité de questions quant à la troncature et à l’utilisation ou pas de l’accent circonflexe.

C’est donc celle que je vous conseille d’employer.

 

Finnois ou Finlandais?

Lancement d’une nouvelle série sur les mythes en toponymie. Aujourd’hui, la Finlande.

Comment s’appellent les habitants de ce pays nordique? Beaucoup répondront les Finnois, ce qui est en partie vrai. En fait, les habitants de la Finlande sont des Finlandais. Pourquoi?

Les Finnois sont un peuple de souche finno-ougrienne, ce qui signifie qu’ils appartiennent au même groupe ethnique que les Hongrois et les Estoniens. Ces peuples parlent des langues qui ne sont pas rattachées aux langues germaniques ou slaves. Les racines ne sont pas les mêmes.

Les Finnois ne font pas partie de la même famille que les Danois, Norvégiens, Suédois et Islandais, dignes descendants des Vikings.

Ces peuples arrivent assez bien à se comprendre, car leurs langues respectives se ressemblent; ce sont des langues germaniques. Les mots sont souvent semblables. Par exemple, boire se dit drikke en danois et en norvégien, drikka en suédois et drykkur en islandais. En Finlande, on dira plutôt juoma.

Peu de gens le savent, mais la Finlande a une minorité suédoise, dont les racines ethniques sont germaniques, contrairement à la majorité finnoise. Il serait fautif de qualifier de Finnois un Finlandais de souche suédoise. Il possède la nationalité finlandaise, certes, mais il n’est pas de souche finno-ougrienne.

C’est pourquoi les habitants de la Finlande sont des Finlandais, alors que la langue nationale est le finnois.

La Scandinavie, l’Europe du Nord, la même chose? Réponses dans cet article. Aussi : la Norvège et ses deux langues nationales.

Significatif

Les meilleures plumes journalistiques, comme Michel David du Devoir, l’emploient constamment. Il se glisse dans toutes les conversations au point de se fondre dans le décor, et la plupart des gens n’y voient que du feu.

Un exemple illustrant le problème, tiré d’un article de Chantal Hébert, autre bonne plume : « ll est possible que l’arrivée fracassante de M. Péladeau constitue la goutte d’eau qui fait déborder le vase et que sa candidature ait un effet repoussoir significatif auprès des électeurs progressistes. »

Justin Trudeau qui explique que le Canada « peut jouer un rôle significatif en Iraq. Une plate-forme politique qui marque un tournant significatif…Soit dit en passant, autre pléonasme, un tournant étant par définition une chose importante.

Les fonctionnaires emboitent le pas : malgré les risques significatifs pour la santé… disent-ils.

Autant de gens ne peuvent se tromper se disaient les caribous avant de plonger dans le vide.

Le significatif en question est une mauvaise traduction de l’anglais significant. Une petite recherche dans le Le guide anglais français de la traduction, de René Meertens, nous donne les équivalents suivants pour significant  : important, sensible, appréciable, net, fort, marqué, accusé, tangible, substantiel, notable…

Alors que veut dire significatif? Qui signifie clairement quelque chose; révélateur. Nulle part ne voit-on les mots considérable ou énorme. En français, une chose significative est porteuse de signification.

Un exemple puisé dans Le Monde  flirte avec le danger. On y lit une citation du ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve : « Les actes antisémites sont en augmentation significative depuis le début de l’année. » Dans le titre, significative est mis entre guillemets.

Cet extrait montre deux choses : les Français sont réticents devant l’utilisation erronée de significative; par ailleurs, on voit un ministre français commettre l’anglicisme.

Une utilisation plus exacte de significatif peut être trouvée dans Le Monde Diplomatique : « Un pas significatif vers la fin du communautarisme a été franchi avec l’adoption, en juillet, d’un amendement à la Constitution… »

Dans le cas présent, si on remplace le mot par révélateur, on voit que le sens réel de significatif est respecté. C’est dans cette direction qu’il faut aller.

 

 

Les Oscars


La course aux Oscars est amorcée et la quête du précieux trophée fera les manchettes d’ici la remise des prix, lundi prochain.

Une rare unanimité règne dans les médias quant à la graphie d’Oscar. Tout le monde a tendance à l’écrire avec la majuscule et, la plupart du temps, il reçoit la marque du pluriel également. Mais in peutres bien l’écrire au singulier, comme tout nom propre

Pourtant, il y a des questions à se poser, sans vouloir en faire un mélodrame…

Dans la mesure où le mot Oscar est lexicalisé, pourrait-on l’écrire en minuscule? C’est ce que recommandaient les ouvrages de langue, jusqu’à tout récemment. Il aurait fallu écrire La cérémonie des oscars. Denys Arcand a remporté l’oscar du meilleur film étranger.

Ces graphies surprennent quelque peu et sont en marge de l’usage courant. C’est pourtant ce que l’on trouve encore dans le dernier Larousse, tandis que la dernière édition du Robert penche désormais pour la majuscule.

Le Français au bureau signale que les trophées peuvent devenir des noms communs et perdre leur majuscule, la minuscule indiquant la lexicalisation. Mais la tendance lourde, dans les médias, est d’attribuer une majuscule initiale lorsque le nom du trophée provient d’un nom propre. L’ouvrage signale toutefois que l’usage est fluctuant.

Un Félix, un félix

Un Jupiter, un jupiter

La majuscule se justifie parfaitement lorsque le nom d’un trophée vient d’un nom propre. Que l’on pense aux Jutra. La marque du pluriel, comme on le voit, ne fait pas l’unanimité. Habituellement, les noms propres ne prennent pas de s. Pourtant, on voit bel et bien Oscars un peu partout dans les médias.

J’en profite pour signaler encore une fois cette faute largement répandue, soit de parler des mises en nomination, des nominations aux Oscars. Il s’agit d’un anglicisme insidieux, qui vient de nominate. Ce mot n’a pas tout à fait le même sens qu’en français.

En effet, nominate peut signifier à la fois to propose for election que to appoint to an office. En français, une nomination signifie que vous avez été nommé directeur, ou encore que vous avez obtenu un prix. Une nomination aux Oscars veut donc dire que vous avez remporté le prix.

Certains ont tenté de contourner la difficulté en créant nominer, un avorton issu de l’anglais. D’ailleurs ce mot est critiqué et ne règle pas le problème.

Alors que faut-il dire? Sélectionner, qui signifie que vous êtes sur une liste de candidats.

      Nous aimerions que Xavier Dolan soit un jour sélectionné aux Oscars. Il sera intéressant de voir s’il remportera le prix.

 

Référer

Quand on réfère à quelque chose, on y fait référence? Vrai ou faux?

La plupart des gens diraient vrai, car, après tout, référer est un verbe français, n’est-ce pas? Oui, c’est vrai. Mais, il ne s’emploie pas de la même manière dans notre langue.

Une phrase comme « Pierre réfère à l’accident de la semaine dernière. » est incorrecte, malgré les apparences. On pourrait dire, cependant, « Pierre fait référence à l’accident de la semaine dernière. »

Autre phrase que l’on entend souvent : « Le médecin l’a référé à un spécialiste. » Encore une faute. « Le médecin l’a adressé à un spécialiste. »

Comme on le voit, le verbe référer comporte son lot de difficultés. Un petit coup d’œil dans les dictionnaires nous montre que le verbe se construit à la forme réflexive. En effet, se référer a le sens de faire référence à, se rapporter à. Il peut aussi avoir le sens de rendre compte, en appeler à une autorité. Par exemple : « Je vais en référer aux autorités responsables afin d’avoir un avis éclairé. »

Le verbe référer ne se construit plus avec un complément d’objet direct.

En anglais, refer peut avoir le sens plus général de parler de quelqu’un ou de quelque chose. I am not refering to you signifie : « Je ne parle pas de vous. »

Le tandem refer/référer est donc l’un des nombreux faux amis de l’anglais et du français.

Iraq ou Irak?

Lorsque tout le monde dit la même chose sur un sujet, il faut parfois s’interroger. Ce qui est trop évident peut être faux, et ce n’est pas parce la quasi-totalité des rédacteurs préfère une graphie qu’elle est exacte. Pensons à nénufar, conspué par les amants de la langue française. Tout le monde sait qu’on écrit nénuphar, c’est dans tous les dictionnaires, après tout. Eh bien non. Cette graphie avec le ph est une faute de transcription qui s’est incrustée dans l’usage. Habituellement, le ph signale un mot venant du grec; or, nénuphar vient de l’arabe nînufâr…

L’ensemble des médias et dictionnaires écrivent Irak. Donc, c’est une bonne graphie, attestée par Le Petit Robert des noms propres, Le Monde, Le Figaro, L’Express, Le Devoir et La Presse.

Le langagier curieux ne peut manquer d’être décontenancé par celle figurant dans Le Petit Larousse : Iraq, le gentilé étant Iraquien.

S’agit-il d’une fantaisie? Pas du tout. Non, nous avons tout simplement devant nous la vraie graphie de cet État du Proche-Orient.

En arabe, le nom en question se prononce approximativement ainsi : « Éraarr », la lettre q en finale étant un raclement léger dans le haut de la gorge. Comme ce son n’existe pas en français, on le symbolise par la lettre q. D’ailleurs, les anglophones, plus précis, écrivent Iraq.

De plus, bon nombre de graphies de villes et de régions dans les pays arabes sont orthographiées avec la même lettre q, non suivie du u. Que l’on pense à Qatar, Al Qaiyah, Shaqra et bien d’autres. Ces noms sont des transcriptions graphiques en français et en anglais.

Bien entendu, les non-arabophones ne prononceront pas Qatar correctement, pas plus d’ailleurs qu’ils ne prononcent Iraq selon les règles. Toutefois, la translittération des langues non écrites en caractères latins pose de graves problèmes. Les transcriptions dans les langues occidentales sont souvent approximatives. On n’a qu’à penser au russe.

Iraq amène un autre problème, celui du gentilé. Logiquement, on devrait écrire Iraqien, puisqu’il ne s’agit pas d’un qu authentique. Mais cette graphie fait vraiment bande à part. Le Larousse, quant à lui, écrit Iraquien.

La graphie Irak découle d’une normalisation de la prononciation arabe. Comme à peu près personne ne sait comment prononcer le nom correctement, on s’est rabattu sur une prononciation approximative. On peut donc comprendre que la graphie ait suivi.

Donc, difficile de condamner Irak, malgré les erreurs que cette graphie comporte.