Monthly Archives: octobre 2013

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Pléonasmes

Près de l’endroit où je travaille, on peut lire sur un panneau devant le terrain de stationnement : « Réservé aux détenteurs de permis seulement ». Comme c’est souvent le cas dans la région de la capitale fédérale, il s’agit d’une traduction servile de l’anglais : « Reserved for permits holders only ». Dans les deux cas, il s’agit d’un pléonasme, c’est-à-dire d’une répétition qui aboutit à une évidence.

Les pléonasmes sont plus nombreux qu’on le croit, mais on ne les détecte pas toujours facilement. En voici quelques-uns :

Réserver à l’avance une place au restaurant. Réserver tout court évite de répéter deux fois.

Nos politiciens ne sont pas à court d’inspiration dans ce domaine.

Leur première priorité, c’est l’économie, quand ce n’est pas une priorité absolue. Cela me rappelle un texte d’un organisme fédéral dans lequel le brillant rédacteur énumérait une soixantaine de priorités, divisées en sous-priorités. Je parie qu’il ne connaissait pas le mot « dictionnaire ». Une priorité est, par définition, ce qui passe en premier, alors inutile d’en rajouter (encore!).

Les politiciens n’ont pas de panacée universelle à tous les problèmes, qu’ils appellent d’ailleurs défis. Fait cocasse, Balzac lui-même a déjà commis le pléonasme : « Les savants prétendaient qu’il avait trouvé la panacée universelle. » Il faut dire que Balzac était payé au mot…

Lorsqu’ils ont un peu de courage, les politiciens peuvent opposer leur veto. Ils devraient plutôt « mettre leur veto », car ce mot d’origine latine signifie déjà « je m’oppose ». Assez curieusement, le Robert propose pourtant cette formulation, probablement parce que tout le monde ignore le sens véritable de ce mot.

Les politiciens n’aiment pas tellement divulguer publiquement des documents secrets, surtout s’ils révèlent qu’ils ont menti. Certains croient en effet qu’ils possèdent une sorte de monopole exclusif de la vérité, alors qu’en réalité bien des gens s’arrogent de ce privilège.

J’espère que ce billet plus ou moins sérieux allumera la lumière dans votre esprit, fera sonner une cloche, comme diront les anglicisants, ou, mieux, vous sonnera les cloches (bien gentiment).

N’oubliez pas d’éteindre en sortant.

L’anglais langue universelle?

Il existe plusieurs mythes au sujet de l’anglais, notamment celui selon lequel il s’agirait d’une langue facile, dénuée de grammaire, une sorte d’espéranto, quoi. Rien n’est plus faux.

Certes, l’anglais possède une grammaire moins tatillonne que le français — ce n’est pas très difficile —, mais il y a quand même des règles à respecter. Il en va de même avec la syntaxe. Si l’anglais est si facile, pourquoi est-ce que tant de gens ont du mal à l’apprendre?

Les Québécois et les francophones du Canada sont encerclés par quelque trois cents millions d’anglophones; ils représentent environ deux pour cent de la population nord-américaine (Canada et États-Unis). Pourtant, bon nombre d’entre eux baragouinent à peine la langue de Shakespeare, même si elle constitue souvent la toile de fond de leur existence.

La situation en Europe est différente, car l’emprise de l’anglais y est moindre. Si les peuples germaniques comme les Allemands, les Scandinaves et les Néerlandais parlent souvent un anglais potable et même parfois excellent, il en va tout autrement des autres peuples, notamment les Français, Wallons, Suisses romans, Espagnols, Italiens et Portugais. Certains acquièrent une certaine maîtrise du vocabulaire, s’expriment avec une relative facilité, mais, généralement, leur accent est très mauvais. Cette lacune s’explique facilement par le fait qu’ils ne sont pas autant exposés à l’anglais, à sa sonorité, à ses intonations, que les francophones nord-américains.

De fait, l’orthographe de l’anglais est particulièrement déroutante. Elle a souvent peu à voir avec la prononciation réelle, sans compter que certains groupes de lettres se prononcent différemment selon le mot. Un joli casse-tête.

Tout cela pour dire que l’anglais n’est pas si simple qu’on le croit. Il est donc erroné de l’élever au rang de langue universelle, sous prétexte qu’il serait aisé de l’apprendre. De fait, la prétendue universalité de l’anglais tient davantage à des raisons économiques et politiques, que linguistiques.

J’aimerais vous signaler un intéressant article paru à ce sujet dans L’Express. Le linguiste Claude Hagège y remet les pendules à l’heure.

http://tinyurl.com/cru4lre

 

 

Faut-il réformer la grammaire française?

Soyons clair d’entrée de jeu : il faut réformer la grammaire française. Le français possède une l’une des grammaires les plus arbitraires qui rebute les francophones et décourage les étrangers. Cette constatation n’est pas nouvelle.

Du côté des étrangers, on dénonce souvent la pléthore de conjugaisons irrégulières, pire à mon avis que celles de l’italien et de l’espagnol. Le subjonctif, absent de l’anglais et de l’allemand, est une autre source de difficulté. Mais, soyons réalistes, il est bien difficile d’envisager une réforme de ces deux éléments, car la façon de parler serait radicalement changée.

Le subjonctif permet de nuancer le discours français en soulignant des éléments qui relèvent de l’hypothèse, du doute, de la crainte. Le supprimer serait une perte.

De plus, toutes les langues ont leurs îlots de difficulté. À moins de vouloir transformer le français en copie de l’espéranto, il faut se limiter à des domaines où il est possible d’intervenir.

L’accord du participe passé

La palme (académique…) de complexité des règles revient à celle de l’accord du participe passé.

Il suffit, pour s’en convaincre, de consulter grammaires et ouvrages de difficulté de la langue, dans lesquels abondent les règles, leurs exceptions, les exemples et contre-exemples, les tableaux récapitulatifs, etc. Le simple mortel y perd son latin. Dès qu’il prend la plume, un doute le saisit.

Ces règles sont passablement complexes et même ceux qui maîtrisent le français finissent un jour ou l’autre par s’empêtrer. Pourtant, le simple fait d’évoquer une réforme possible de la grammaire française suscite une opposition farouche. Le journaliste et grammairien André Thérive (1891-1967) a bien résumé le problème :

Hélas! Quand on touche au vieil accord des participes passés, on se fait aussitôt accuser de sacrilège grammatical… Ainsi donc on pourrait soutenir que l’accord du participe ne sert à rien, ne plaît à personne et gêne tout le monde.

L’hostilité devant une simplification possible des règles étonne. Il y a du côté européen une soif d’anglais qui entraîne un saccage de plus en plus marqué du vocabulaire. Par contre, les mêmes personnes qui insistent pour utiliser le hideux email au lieu de courriel, un mot français, s’opposent farouchement à toute velléité de modernisation grammaticale et orthographique du français. Cet illogisme ne cesse d’étonner les francophones du Canada.

Peu de gens le savent, mais l’Académie française a proposé, il y a un siècle, d’abolir l’accord du participe passé. Comme on le voit, cette suggestion n’a pas été suivie. Certains font valoir que tout le génie analytique du français réside justement dans les règles d’accord, et que les abolir amoindrirait considérablement le français. Ce raisonnement se défend, certes, mais à quel prix pour les rédacteurs et locuteurs?

L’abolir nuirait-il tant que cela à la logique du français? On pourrait en discuter longtemps, mais il convient de noter que de telles règles n’existent tout simplement pas dans l’immense majorité des langues de la planète. Je suis convaincu que les locuteurs de l’hindi ou du chinois n’en souffrent pas…

Réformer les règles d’accord du participe passé ne changerait pas beaucoup le discours, contrairement à ce qui se produirait avec le subjonctif ou la conjugaison des verbes. En effet, la grande majorité des accords ne s’entendent pas à l’oral; et la façon de parler ne serait pas altérée. À cela on pourrait ajouter que ces accords n’ont pas vraiment une grande utilité. Omettre un accord n’entraîne à peu près jamais de problème de compréhension.

Mais pour beaucoup, la simple idée de réformer l’accord du participe passé — sans nécessairement l’abolir — est une hérésie. Pourtant, l’accord du participe est facultatif en italien et rarement appliqué dans la langue parlée. L’italien est-il devenu pour autant une langue dégénérée?

D’ailleurs, les règles à ce sujet ont déjà évolué… un tout petit peu. En effet, l’accord du participe passé de laisser suivi d’un infinitif est maintenant invariable. La réforme de 1990 comportait un timide volet grammatical qui a échappé à la majorité des gens, trop préoccupés par la graphie de nénufar…

Les verbes pronominaux

Les règles byzantines régissant l’accord (ou non) des verbes pronominaux découragent les inconditionnels de la grammaire française. Beaucoup de ceux qui s’opposent à toute réforme grammaticale seraient sûrement disposés à changer leur fusil d’épaule pour les verbes pronominaux.

Le Multidictionnaire de la langue française classe ces verbes de la manière suivante : 1) Les verbes pronominaux réfléchis; 2) Les verbes pronominaux non réfléchis; 3) Les verbes essentiellement pronominaux; 4) Les verbes pronominaux de sens passif; 5) Les verbes pronominaux dont le participe passé est invariable. Il va sans dire que les verbes de chacune de ces catégories comportent des règles d’accord précises.

Le rédacteur doit donc prendre une pause pour réfléchir et se livrer à une petite analyse grammaticale pour classer son verbe; ensuite, il doit connaître la règle qui s’applique à son type de verbe; éventuellement, il devra consulter un ouvrage pour s’assurer qu’il applique la bonne règle. Beaucoup de travail pour un simple verbe.

L’application rigoureuse de ces règles donne les exemples suivants, apparemment contradictoires :

Elle s’est coupée. MAIS Elle s’est coupé le doigt.

Les pouvoirs qu’elle s’est arrogés. MAIS Elle s’est arrogé des pouvoirs.

Ils se sont parlé. MAIS Ils se sont salués.

Ils se sont fait déjouer par un filou. MAIS Ils se sont faits vieux.

Elle s’est donnée à lui. MAIS Elle s’est donné du mal.

Je dis bien apparemment contradictoire, car une logique grammaticale se cache derrière ces exemples. Mais, le moins que l’on puisse dire, c’est qu’elle est quelque peu impénétrable. Bien entendu, ceux qui maîtrisent ces règles diront que les autres n’ont qu’à faire comme eux et de les apprendre, mais c’est justement le problème. La grande majorité des locuteurs du français ne les apprendront pas et feront des fautes de grammaire, et ce, pour deux bonnes raisons : 1) Ils n’arrivent pas à mémoriser ces règles byzantines et n’ont pas le temps de vérifier à gauche et à droite; 2) Ils ont abandonné la partie.

L’imposition de ce genre de règles tatillonnes nuit au rayonnement du français. L’abolition de l’accord pour tous les verbes pronominaux ne compromettrait nullement la valeur analytique de notre langue, souvent bien plus précise que l’anglais. Est-ce qu’une phrase comme Elle s’est dit satisfaite est vraiment plus choquante que Elle s’est dite satisfaite?

Il est plus que temps de cesser d’accorder les verbes pronominaux. Nos descendants se demanderont comment les règles qui le régissaient ont pu survivre aussi longtemps.

Les adjectifs de couleur

Il n’y  pas que l’accord des verbes qui gagnerait à être simplifié. Un exemple parmi tant d’autres est celui des adjectifs de couleur.

Selon les règles actuelles, les adjectifs de couleur ainsi que ceux dérivant de tels adjectifs s’accordent. Les adjectifs composés sont invariables, de même que les adjectifs formés à partir d’un substantif.

Ce qui donne ceci :

Des robes mauves. MAIS Des robes orange.

Des teintures rouges. MAIS Des teintures framboise.

Des autos vertes. MAIS Des autos vert olive.

La logique du français serait-elle définitivement anéantie, si tous les adjectifs de couleur étaient accordés?

Des yeux gris aciers, des tuniques safrans.

Conclusion

Le français a évolué au fil des siècles et il n’y a aucune raison pour qu’il cesse d’en être ainsi. L’italien et l’espagnol ont à la fois simplifié leur grammaire et leur orthographe et ne s’en portent pas plus mal. Pourquoi pas notre langue?

 

Faut-il réformer l’orthographe française?

Vaste sujet pour un court billet et, surtout, sujet controversé. Le français a connu une réforme de son orthographe en 1990 qui a fait couler beaucoup d’encre et, même si environ soixante pour cent des rectifications sont passées dans l’usage, elle demeure encore aujourd’hui fortement contestée.

Pourtant, les méandres de l’orthographe, l’arbitraire de celle-ci, font rager les francophones depuis des siècles; on peut alors s’étonner de l’énorme résistance rencontrée depuis plus de vingt ans à faire accepter des modifications qui avaient pour but de simplifier les règles d’écriture et d’éliminer les nombreuses incohérences de l’orthographe traditionnelle.

Le présentateur de la télé française François de Closets y va d’une déclaration lapidaire : « Les défenseurs du français sont obnubilés par l’orthographe, devenue la ligne de démarcation entre le licite et l’illicite. C’est la seule de nos institutions qui ne soit jamais contestée, jamais ridiculisée. »

Ceux qui s’opposent à une réforme du français ne manquent pas d’arguments :

  • Inaccessibilité de la littérature classique.
  • Dévalorisation de la langue.
  • Oralité de la langue.
  • Générations futures déculturées.
  • Anarchie grammaticale.
  • Appauvrissement culturel.
  • Nivellement par le bas.

Ces arguments font long feu, si l’on regarde du côté des autres langues européennes. À commencer par l’allemand, qui a éliminé son double S, le ß, comme dans Straße (rue). On continue?

Le néerlandais a opéré une réforme orthographique en 1995. Le portugais a supprimé certaines redondances dues à une épellation étymologique; il a aussi réduit le nombre de mots marqués de signes diacritiques et rapproché les orthographes brésilienne et portugaise. Au début du vingtième siècle, les Catalans ont uniformisé leur orthographe. Quant au grec, il a fait le ménage de bon nombre d’archaïsmes. En 1948, les Danois ont décidé de suivre les autres peuples scandinaves et de délaisser la capitalisation des noms communs (qui existe toujours en allemand); ils ont aussi fait du W une lettre à part entière. De son côté, le suédois a changé la terminaison de certains adverbes et adjectifs pour la rendre plus logique. Enfin, quatre lettres devenues inutiles ont été éliminées du russe.

À ce que je sache, toutes ces langues n’en sont pas sorties dévalorisées. Ont-elles sombré dans l’anarchie grammaticale?

On pourrait aussi parler de la réforme lancée aux États-Unis pour rationaliser l’épellation de certains mots en la rendant plus phonétique. Quelques exemples : centre-center; agonise-agonize; draught-draft. Certes, ces graphies n’ont pas cours en Grande-Bretagne, mais elles sont largement diffusées, même au Canada anglais, qui se veut de tradition britannique.

De fait, l’anglais et le français ont en commun une orthographe capricieuse, déroutante pour les étrangers, parce qu’elle se base sur des mots latins et grecs dont l’origine serait trahie si on changeait l’épellation.

Ceci dit, les mots filosofia (italien) et fenómeno (espagnol) viennent du grec, mais n’arborent pas le ph de philosophie et de phénomène, si présent en français.

Malgré ces deux exemples, l’idée d’écrire le français de manière entièrement phonétique est difficilement concevable, car ce seraient non seulement les graphies issues du grec qui se verraient transformées, mais aussi une multitude d’autres. Beaucoup de mots deviendraient absolument méconnaissables.

En français, on peut recenser une quinzaine de façons d’écrire le son O…Imaginons de quoi auraient l’air des mots comme eau, paletot, étau, chaud, trop, etc., si le son O était ramené à une seule voyelle : o, paleto, éto, cho, tro, etc. La suppression de l’accent circonflexe sur le O a déjà suscité un tollé, alors imaginez l’uniformisation des graphies. « O poto! », crierait-on.

La quasi-majorité des francophones s’y opposeraient. D’ailleurs, certains textes farfelus et convaincants circulent sur Internet pour dissuader tous ceux qui pencheraient vers cette solution.

Pourtant, certaines langues s’écrivent presque totalement de manière phonétique; pas besoin de chercher bien loin : l’italien, l’espagnol, le portugais, le finnois et le serbe. Sur le continent asiatique, le coréen possède un alphabet parfaitement phonétique…

Donc, sans chercher nécessairement à raboter notre langue de toutes ses aspérités orthographiques, il convient de poursuivre les efforts de rationalisation entrepris en 1990. Il est clair que le français devra toujours vivre avec certains caprices orthographiques, dont le O est un exemple. Mais on peut certainement envisager une diminution du nombre de doubles consonnes pour simplifier encore davantage notre langue.

PROCHAIN ARTICLE : FAUT-IL RÉFORMER LA GRAMMAIRE FRANÇAISE?

 

Légende urbaine

J’ai déjà lu dans un journal que les disques compacts allaient s’effacer spontanément au bout de dix ans… Les miens semblent en avoir décidé autrement, puisque mes collections de Beethoven et de Mozart, achetées il y a une vingtaine d’années, continuent de m’enchanter… comme la flûte de Mozart, justement.

Ce genre de rumeur, parfois présentée comme un fait véridique et véhiculée dans les médias sociaux ou traditionnels, s’appelle une légende urbaine. Le terme vient de l’anglais, bien entendu, mais est-ce une raison valable de le rejeter? Pas nécessairement, car certains emprunts enrichissent la langue, parce ils ne remplacent pas un mot ou une expression consacrée. C’est le cas de légende urbaine.

Ceux qui tiennent à l’écarter proposent des solutions bancales, qui s’écartent du sens véritable de l’expression. Certains proposent légende, un récit populaire traditionnel ou encore une représentation déformée de la réalité. C’est le mot qui se rapproche le plus d’une légende urbaine, sans en avoir tout à fait le sens.

D’autres suggèrent de dire affabulation. Mais, selon le Petit Robert, il s’agit plutôt d’un « arrangement de faits constituant la trame d’un roman, d’une œuvre d’imagination ». Là encore, ça ne colle pas.

Une rumeur, alors? Un bruit qui court, sans que l’on puisse en attester la véracité. Peut-être, pourquoi pas?

De fait, bien des mots français « traditionnels » pourraient être substitués à l’expression. Pensons à fable, un récit à base d’imagination, une anecdote ou une allégation mensongère; pensons aussi à conte une histoire invraisemblable ou mensongère.

L’ennui, c’est que légende urbaine s’est solidement implanté dans l’usage et que dictionnaires et sites linguistiques en sont venus à le consigner tel quel. Difficile de revenir en arrière.

L’expression a fait son entrée dans le Robert et le Larousse; le Robert-Collins traduisait déjà urban legend par légende urbaine. Enfin, l’expression obtient ses lettres de noblesse dans la Banque de dépannage linguistique de l’Office québécois de la langue française : « Histoire étrange et spectaculaire, apparemment véridique, souvent inspirée d’un fait divers, qui fait le tour du monde, circulant par bouche à oreille, par courriel ou via Internet, qui est racontée de bonne foi par des gens sincères, déformée ou amplifiée par chaque narrateur, mais qui, la plupart du temps, se révèle totalement fausse. »

Ce n’est donc pas une légende urbaine de dire qu’elle est maintenant largement acceptée.

 

Détroit, avec un accent

Je reviens sur la défrancisation des noms de villes. Le cas des villes fondées par les Français en terre américaine est probablement le plus choquant. Les noms de Détroit et de Saint-Louis ont été repris tels quels par les États-Uniens, qui, en toute logique, ont choisi d’en angliciser la graphie.

Or le français traduit déjà un certain nombre de toponymes anglais — sans compter tous ceux qui viennent de l’espagnol, de l’italien et du néerlandais, entre autres. On peut donc se demander pourquoi les francophones en sont venus à choisir des graphies anglaises pour ces deux villes fondées par les Français. Il est probable qu’on n’en trouvera jamais la raison et, en fin de compte, cela importe peu.

On dit souvent que les dictionnaires recensent l’usage. Si les graphies Detroit et Saint Louis ont été adoptées, c’est qu’elles étaient les plus utilisées. Mais l’usage évolue, par définition; on n’écrit plus de la même manière qu’à l’époque de Rabelais. Il est donc possible de ramener les vraies graphies de Détroit et Saint-Louis en les propageant dans nos écrits, tout simplement. À l’heure du Web, tout est possible.

Soit dit en passant, l’article français de Wikipédia sur la Ville de l’Automobile affiche la graphie française Détroit… Vous voyez?

Le cas de New York est semblable même si cette ville a été fondée par les Néerlandais. La graphie anglaise est plus excusable, certes, mais n’écrit-on pas Tel-Aviv avec le trait d’union? Pendant longtemps, la graphie de la métropole américaine a été francisée et personne n’en est mort. Alors, croquons joyeusement dans la pomme : vive New-York!

Des explorateurs français ont sillonné le territoire états-unien et y ont fondé un grand nombre de villes, qui portent toujours des noms français. Il suffit de lire une carte du pays pour découvrir les Montpelier, Racine, Juneau, Pierre, etc. Le nom le plus pittoresque est Baton Rouge, capitale de la Louisiane, que l’on pourrait certainement orthographier Bâton-Rouge en français. C’est d’ailleurs ce que fait Wikipédia…

Les lecteurs qui ont apprécié cet article liront avec intérêts mes deux billets précédents sur la défrancisation des noms de villes.

Documenter

Un petit rappel : le verbe documenter ne signifie pas autre chose qu’étayer à l’aide de documents ou encore fournir des documents à quelqu’un.

Le sens le plus souvent employé, soit consigner dans un document, est un anglicisme.

On dira donc : « Une thèse bien documentée »,  et  « Le recherchiste a bien documenté l’avocat sur cette affaire. »

Mais on ne pourra dire que « Les enquêteurs ont documenté cette affaire dans un rapport. » On commet alors un anglicisme.