Monthly Archives: avril 2013

You are browsing the site archives by month.

S’infliger une blessure et s’objecter

Les verbes pronominaux constituent un des éléments difficiles du français. Leur utilisation devient encore plus problématique… quand il ne s’agit pas vraiment d’un verbe pronominal.

Crosby s’est infligé une blessure en bloquant un lancer. Que signifie en réalité infliger? Ce n’est pas du tout ce que l’on croit : appliquer une peine. Exemple : infliger une sanction. Faire subir quelque chose à quelqu’un : infliger un affront, un supplice.

La forme pronominale existe dans le sens de s’imposer quelque chose, de s’astreindre. Il s’agit donc d’un acte volontaire. Lorsqu’un joueur de hockey se blesse, ce n’est certainement pas un choix délibéré.

S’objecter est une expression courante qui a toutes les allures de l’innocence. Là encore, il faut se méfier : on objecte un argument pour en rejeter un autre. On objecte la fatigue pour ne pas sortir.

La forme pronominale s’objecter est fautive. Il suffit de dire s’opposer.

Partager des documents?

Vous venez de prendre des photos de votre petit dernier et désirez les partager  sur Facebook. Quoi de plus naturel? Vous buvez un digestif au coin du feu, un soir d’hiver, et voulez partager vos expériences de randonnée en montagne avec vos invités. Tout le monde vous écoute. Encore une fois, quoi de plus naturel?

On entend régulièrement des employés qui veulent partager des renseignements avec leurs collègues pendant une réunion.

Encore un cas d’usage abusif du verbe partager. En fait, que veut dire au juste ce mot tellement à la mode qu’il est en train d’envahir le discours public?

Les dictionnaires sont formels : on partage une chose lorsqu’on la divise en plusieurs parties. Par exemple, on partage une tarte entre cinq invités; chacun en reçoit un morceau. On peut aussi partager l’avis de quelqu’un, c’est-à-dire être d’accord avec lui.

Si on prend au pied de la lettre les exemples donnés en début de texte, il faut comprendre que les photos seront découpées en petits morceaux, que chacun aura une bribe des histoires de randonnée en montagne et que vos collègues recevront des fragments d’information pendant la réunion, l’un connaissant la fin, l’autre le début, et l’autre le développement.

Bien entendu, l’anglais ne réfléchit pas de la même manière et le verbe to share possède le sens élargi de communiquer, diffuser. On pourrait également relayer un courriel, un tweet. C’est joli et c’est français.

Il faut dire que les sites Web comme Facebook et tant d’autres n’aident pas les francophones à faire la différence lorsqu’ils affichent des boutons Partager. La plupart des gens n’y voient que du feu et c’est bien dommage.

S’il vous plait, ne partagez pas cet article avec vos amis, diffusez-le.